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Les aventures d'un académicien |
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Un académicien qui dort en ronflant gras, c’est comme une couche-culotte qui sent mauvais ou un enseignant en vacances : une évidence, une redondance, en français convenable on dit un pléonasme.
Henri roupillait pendant que quelqu’un discourait au pupitre. Il venait d’être élu à l’Académie et vivait là sa sieste d’intronisation en quelque sorte. Henri rêvait doucement, remué de droite à gauche comme sur un océan en Mai, bavait tendrement.
A son réveil, Henri s’ennuya ferme. D’Ormesson parlait de temporalité et d’atemporalité chez Marguerite Yourcenar, alors par association d’idées, Henri se souvint qu’il avait un furoncle qui enflait sur son gros orteil. Il se déchaussa, retira sa soquette.
Son pied douteux, son pied épais aux ongles craquelés, son pied de vieux brisquard jaillit sur la moquette verte. Il entreprit donc de gratter le furoncle avec la pointe de son stylo plume. D’abord il cura les abords de la pustule tout en tirant la peau autour avec son pouce. Puis peu à peu il se rapprocha du centre du cratère purulent. Ça commençait à être douloureux, alors Henri prit son élan et planta la pointe en or de son Mont-Blanc en plein cœur du furoncle baveux.
Un jet de pus de 2cms de long, onctueux comme une morve s’éleva dans la salle et vint atterir mollement dans les cheveux blancs de Victor deux rangs plus bas. Ce bon vieux Victor qui (nous en)dormait depuis 120 ans et ne semblait pas prêt de se réveiller.
Henri détourna vivement le regard. Personne ne semblait avoir remarqué l’incident. Il se gratta nerveusement la raie du cul à trois quatre reprises. Il se rendormit, l’index délicatement posé sous le nez et rejoignit Victor dans son rêve de poète.
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