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Quelques sourires à traverser au passage-clouté en face du lycée.
Au fond du café, une femme balaye de la main les souvenirs de sa nuit. So what, Miles Davis. Une grappe de lycéens s’éloigne, Jésus embraye avec un pastis serré. Regard en biais vers le patron qui roupille dans l’indifférence.
C’est là que Baby pousse la porte à 8 heures chaque matin puis commande un expresso. Le cours de philo cassera l’ambiance dans une demi-heure. Baby regarde sa montre car dans la vie, croit-elle, il faut vérifier.
Trois tables plus loin, le prof. attend l’heure de son premier round. Avec Baby, ils se fixent sans mot. Pas même bonjour. L’un comme l’une sait que l’autre est là. Chacun vient à cette heure, ici, pour elle, pour lui. Personne jamais n’y fait allusion ; ni le patron qui connait la chanson, ni la vieille insomniaque, ni Miles Davis qui rythme le jour collé aux vitres du troquet en face du lycée.
Et dans longtemps, quand Baby croisera le prof pour la première fois depuis des années, chez Leclerc, elle regardera sa montre. Dans la vie il faut vérifier… le temps mort, celui qui reste.
Elle s’éloignera sans un mot comme elle l’a toujours fait. Vite. Pressée. Histoire de ne pas se mettre en retard car comprenez bien, dans la vie...
Après elle aura mal au cœur, se trainera jusqu’à la nuit et s’endormira comme on tombe dans les pommes.
A travers la silhouette d’un homme tiré du passé comme un champagne foutu, Baby percevra nettement les accords de Miles Davis, une odeur de café sur les lèvres et le silence lourd de mots sans avenir.
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