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Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime, Flairant dans tous les coins les hasards de la rime, Trébuchant sur les mots comme sur les pavés, Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
Par un beau soir d'été je rêvais au jardin, Humais l’air parfumé de lavande et de thym ; Cigales et grillons agitaient leurs crécelles ; Sur les eaux d'un ciel noir comme du jus d'airelles, - Souhaitant le bonsoir à mes carrés de choux - Phoebé, fidèle à son nocturne rendez-vous, Parant les durs écueils des luisantes étoiles, Progressait lentement comme un navire à voiles Et, s'étant amarrée au toit de ma maison, De ses rayons traçait sur le souple gazon Un message secret à l'encre sympathique ; J'imaginais, rieur, l’obus scientifique Que l’enchanteur Méliès planta dans son oeil droit… Alors qu’il me venait un vers, bizarre exploit, Contre un caillou trônant au milieu de la route Mon pied buta. C'était l'entorse, sans nul doute… Sur une jambe alors au logis je revins Et je maudis pantoums, sonnets, alexandrins.
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