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Une histoire d'amour.
Mathilde touille la sauce, comme toujours ça pue. Raymond feuillette le journal en grommelant. Le chien, allongé, les yeux clos, dans sa couche, borborygme, en rêvant sans doute. Raymond est rentré énervé ; il lui a mis trois coups de pompes, au chien, comme ça, ça soulage. Il a couiné, le chien, mais rien de plus. Mathilde a fini sa sauce, Raymond son journal.
Le dessous de plat est bien centré sur la nappe en lino rouge de la table bien centrée dans la cuisine ; Mathilde y pose la casserole fumante. "Qu'est-ce que c'est que ça ? Encore que de la sauce à bouffer ? ". Mathilde ne répond pas, elle enlève son tablier qu'elle suspend, avec soin, sur le crochet, sur le coté du placard de la cuisine. "La cuisine des mousquetaires", c'est écrit en lettres bleues, en gros, sur le tablier ; Mathilde l'a eu en cadeau en achetant un livre de cuisine, sur M6, au téléachat. Elle a acheté le livre pour le tablier. Raymond trempe un quignon de pain dans la sauce, comme tous les soirs.
Mathilde sort. Elle va jusqu'au petit pont, à coté, tout près. Elle regarde passer l'eau, à ses pieds, "toujours dans le même sens" se dit-elle. Elle déchire soigneusement un billet de train. Elle jette un par un ses petits morceaux d'espoir dans le courant.
Le chien ne borborygme plus. La sauce est froide, le quignon, englouti. Mathilde rentre. Raymond dort dans le fauteuil du salon devant la télé en panne, bercé par la neige. Mathilde monte se coucher.
"Demain, je changerai ma vie".
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