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Sébastien avait tout pour être heureux et c’est d’ailleurs ce qu’il se disait alors qu’il finissait de tondre son jardin, qu’il remarquait la beauté des narcisses cette année, ils sortaient par tapis entiers les narcisses cette année,
Sébastien avait tout pour être heureux et c’est d’ailleurs ce qu’il se disait alors qu’il finissait de tondre son jardin et qu’il apercevait les yeux de sa fille derrière la fenêtre du salon, et puis sa femme aussi, en short de jersey mauve, ses cuisses inégalables, son corps préservé, sa peau lisse et épaisse, sa femme qui bourgeonnait elle aussi, non vraiment il n’y avait rien à redire, statistiquement les choses étaient jouées, il n’y avait plus qu’à dérouler ce bonheur comme un tuyau d’arrosage, il n’y avait plus qu’à se tenir à carreau et ne pas tomber dans les 5%,
il finissait de tondre son jardin et pensait à ces 5% de tristes sires qui abandonnent la classe moyenne au sommet du bonheur et dégringolent en bas de l’échelle après 35 ans, un peu comme son frère Henri,
il arrêta le moteur sur cette pensée : Henri… gara sa tondeuse dans la grange après avoir nettoyé le bas de caisse, se retourna pour contempler son parc, il disait son parc tant la pelouse et les arbres s’unissaient en harmonie ici, pas de vis-à-vis, un terrain clos, une pente régulière,
Sébastien remarqua trois brins fins qui dépassaient de sa pelouse, démarra son engin et fila droit sur eux, revint vers la grange, les brins étaient toujours là, et ainsi de suite plusieurs fois… les brins d’herbe semblaient s’évanouir à mesure qu’il s’approchait d’eux,
il soupira, secoua la tête et chassa le mauvais pressentiment, ses narcisses scintillaient en cette première belle journée de mai
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