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Si je souhaite être seule, je m’arrête, je sors la craie noire de ma poche et je trace un cercle autour de moi.
Dans mon cercle je suis à l’abri. Personne n’a le pouvoir de m’adresser la parole si je m’y trouve. Personne n’a le droit ni le pouvoir d’y entrer, de me toucher, ni même de me regarder.
Quand je suis dedans, je n’entends plus les bruits de la rue, les vagues de la mer ou les cris des oiseaux. Je peux y rester tant que je veux. Rien de se qui se passe autour de moi ne touche. Le cercle m’isole du monde et de moi-même. Je suis à l’abri.
A l’intérieur, je ne sens plus le froid ni la faim ni la douleur. Le temps s’arrête. Si je suis malade, si je suis fatiguée, je me repose dans le cercle. Si la mort s’approche trop près, je m’y réfugie, hors d’atteinte.
On ne peut pas se mettre à deux dans mon cercle. J’ai essayé sans succès. J’ai tenté d’y amener un chat, un chien, une souris. Ça n’a pas marché.
Si je veux sortir, je tends la main et j’efface la trace du cercle. Personne ne peut le faire sauf moi. Du dehors, personne ne peut l’effacer. Personne ne peut profaner mon sanctuaire.
Quand je sors marcher dans la ville, j’entends d’étranges rumeurs sur le cercle. D’autres que moi s’isolent aussi dans leur cercle. On dit que le cercle parfois ne laisse plus sortir qui s’y trouve. On prétend que certains y restent contre leur gré jusqu’à dix ou vingt ans.
On dit même qu’ils n’en sortiront plus jamais.
Je sais que cela ne m’arrivera pas. Je suis à l'abri.
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