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Yoga ou pas ?
Quinze heures. Les émanations de dioxyde asphyxient la douceur. Comme un fleuve furieux, la circulation accélère en direction des chutes vrombissantes du feu. Un cyclone quotidien. Ses cheveux sous les rafales dansent devant ses yeux. Elle se sent fragile comme une poupée électrique qui s’épuise avec la pluie. Et lui, son amour, elle aime l’émouvoir, le toucher à plus l’infini malgré 2000 kilomètres de route à torturer avant.
Elle pousse la porte, vacille, ôte ses chaussures et commence. Flexion. Extension. Les couleurs trop claires des murs commencent à s’effriter sous ses doigts. Extension. Equilibre. Le calme la percute comme - à la courbe de ses reins - un paquebot puissant qui tanguerait pour elle. Elle frotte les couleurs subtiles sur ses yeux, ôte un à un les filtres accumulés, les eaux de vie usées. Incarnat. Rouge de Venise et d’Anvers. Elle se travaille au corps pour inspirer, malaxer l’énergie comme un artiste, un potier, un sculpteur. Renversée dans le vide, elle étire la jambe jusqu’à l’infini, mêle et noue ses bras à son cœur. Amarante, rubis. Elle lave son esprit, ouvrant les mains, paumes vers le ciel, nuque penchée, nue comme Giganti pour Camille… et son amour en elle. Nacarat, grenat. Elle repousse les murs, s’étire jusqu’à l’équilibre, jusqu’à lui, là-bas, tout entier. Tout entier… La tête lui tourne.
Brusquement la tempête au dehors cesse. Alors elle le touche, il est là. Ici, maintenant.
Elle vient d’entrer dans l’œil du cyclone.
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