|
Une horrible tempête de neige |
|
par une rude soirée d’hiver sur la lande déserte
― La nuit, tous les chats sont gris, dit-on. Quand je vous disais que le chant…
(― Qu’est-ce qu’il raconte ? Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout de sa phrase ? ― Soyez indulgent. Sans doute qu’une affaire pressante… ― Affaire pressante, affaire pressante… Et il nous laisse ainsi le bec dans l’eau ! ― Il est vrai que j’eusse aimé qu’il terminât sa phrase. Sans doute nous eût-elle révélé les beautés inexprimées de la pure création. ― Vous êtes bien indulgent. Avez-vous déjà eu affaire à lui. ― À son génie, sûrement ! ― Mais encore ? ― C’était par une rude soirée d’hiver. Épuisé, je cheminais sur la lande déserte balayée par une horrible tempête de neige, lorsque soudain… ― … ― Lorsque soudain… ― Lorsque soudain ?! ― Je le vis. Il s’avançait vers moi, ses yeux bleus fermés pour cause de tempête… ― Oui… Ses yeux bleus… Comment saviez-vous qu’ils étaient bleus s’ils étaient fermés ? ― Justement, c’est là tout le sel de l’histoire. ― Ah bon. Heureux de vous avoir rencontré. Au revoir.)
Et il s’en alla, insatisfait de n’en savoir point davantage sur le scripteur de ce dicton importé.
Je me permets d’intervenir humblement pour montrer ma surprise du peu de curiosité de celui qui quitta le dialogue sans exiger davantage de lumière, alors qu’il avait interpelé quelque peu rudement l’heureux mortel qui rencontra le génie aux yeux bleus par une rude soirée d’hiver sur la lande déserte balayée par une horrible tempête de neige.
|