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A la grâce des poutres...
Aujourd’hui, c’est toi qui attribues le travail sur la place des palabres. Tu me fais descendre, tu sais que je crains ton fouet, ton meilleur ami, alors je suis dans la file de ceux qui n’osent pas ; je te salue, tu m’ignores et déjà le GMC de la compagnie nous emmène vers la cage pleine à craquer de nègres sales et résignés, cette cage qui fonce verticale, vers le fond. En bas, Saïd, ton chien de garde, aboie les ordres pour nous faire avancer dans la fournaise moite des cinquante degrés et le marteau-piqueur en staccato m’interdit de penser plus loin que le bout de ma pioche. Khadija ma perle me parle pourtant quand je ferme les yeux, me donne le courage pour attaquer la roche sans regarder les poutres ; ces salopes me semblent davantage courbées que la dernière fois et je croise le regard de Slah ; lui aussi a peur. On se concentre sur la veine et finalement on oublie le toit fragile à force d’user nos muscles à égratigner les parois ; on grignote à coup de rien le ventre de la Mère et Slah qui pense plus loin parce que son oncle lui a appris à lire me fait signe que tout ça n’amène rien de bon. Quand Saïd va pisser au fond de la fouille, il me dit que ça ne va pas tarder à s’écrouler, qu’on ferait bien de faire gaffe ; et puis Saïd est revenu l’air chagrin, vraiment inquiet. Slah s’est jeté sur cet imbécile, il l’a étranglé ; il lui a rendu service.
L’air commence à manquer. J’avais un crayon et un carnet sur lequelle j’ai commencé à écrire. Et puis, à quoi bon...
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