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Un dîner entre amis
Le faisan sauvage fut servi par le maître d’hôtel ganté de blanc. Il avait sa parure. Autour de la table, nous étions deux couples, amis de longue date. Le couvert était dressé sur une nappe damassée d’une blancheur de neige. Porcelaines, cristaux, argenterie brillaient de milles feux à la lueur des chandeliers en argent massif.
Dans mon assiette en porcelaine de Sèvres une cuisse du noble volatile reposait entourée d’une garniture de légumes fins et arrosée d’une sauce dont le chef avait le secret. Je m’apprêtais à déguster ce royal gibier quand je vis, à mon grand étonnement, la cuisse du sauvage gallinacé bouger soudainement. Puis s’approcher du bord de l’assiette pour en déborder et cheminer vers le plat de vermeil trônant au milieu de la table. Stupéfait par le prodige, je regardais mes convives, lesquels, bouche entrouverte et yeux écarquillés, observaient le même manège de leur portion quittant les assiettes pour converger vers le susdit plat de vermeil.
Vous décrire notre saisissement n’est pas de mon art. Il faudrait les plus grands écrivains que l’humanité a connus depuis que ceux-là se sont épris de belles lettres pour donner un tableau approchant quelque peu de la réalité. Fourchettes et couteaux suspendus en l’air, nous observions se reconstituer le faisan. Bientôt il retrouva sa forme primitive. Puis s’envola, traversant la pièce et rejoignant le ciel à travers la haute fenêtre ouverte par cette soirée d’été.
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