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J'ai perdu mes frangins en deux nuits consécutives, juste alors que m'apprêtais à remonter la pente.
Mon grand frère, nous l'avions tous prévenu, avec ses footings à répétition. Plus son couple se désintégrait, plus il allongeait la distance. Alors mercredi, son coeur s'est décroché après deux heures dans le brouillard. Oh, il est arrivé à son point de destination, le grand frangin, c'est à dire l'océan furieux. Mais là, il n'avait plus son coeur, sa poitrine était creuse et il a disparu. Il n'a laissé sur la grève qu'un T-shirt Esso replié sur lui-même. Au grand nulle part, je suis sûr que je le saluerai bien bas quand il m'expliquera.
La personnalité de mon petit frangin m'ayant toujours échappé, j'ai l'intention de mener une enquête sur sa mort. On m'a dit "crise cardiaque" mais je n'en crois pas un mot. Apparemment il a roulé sur le capot d'une voiture et s'est relevé avec un air fou. Ses yeux se rejoignaient presque tellement il louchait, sa bouche exhalait quelque-chose comme du miel, son torse convulsait. Et puis il a craché des gerbes monstrueuses de sang et de feu. Vous parlez d'une crise cardiaque... Moi je dis cocaïne ou quelque chose comme ça...
Le plus étrange dans tout cela, c'est que je n'ai pas l'impression que le curé parle de mes frères. Il décrit des personnes qui me rappellent davantage des amis d'enfance. Julien Maurange, Cédric Rabillot, Etienne Combes... Mais quand il pointe son doigt vers moi en hurlant : "Ce n'est pas le plus simple d'être celui du milieu ! Surtout quand on est le dernier ! " je peux vous assurer que je n'en mène pas large.
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