|
Je me perds dans ses yeux en vrille, ses yeux de Kaa. Il m’hypnotise, je sens le poids de son étrangeté et de sa froideur. De la perversité peut-être bien aussi.
Il m’explique qu’il n’est pas malade, ce sont les médecins qui disent ça, ils se trompent. D’après Paul, le fondateur du cabinet, il a vécu avec ses meubles collés au plafond, parlant au chien. Un Dali schizophrène, mortellement angoissé. « -Les traitements me séparent de ma mère » Je me dis bien, c’est fait pour, mais je n’arrive pas à réagir. Envoûtée par ses prunelles en vrille, je perds le contrôle. Je ne me sens plus moi-même. Je m’entends dire, comme de l’extérieur, comme de loin « -Les traitements vous empêchent d’avoir des sensations ? » C’est n’importe quoi. Comme si il parlait par ma bouche. Ses yeux bleus qui me fixent, tournants, hypnotiques. Il me semble qu’il jouit de la situation. Tant mieux pour lui – je ne souffre pas, je ne suis pas moi-même. Je n’entends pas ce qu’il me répond. Mon cerveau est en purée, contaminée. Premier contact. Présage rien de bon. Je dis « à demain » et je file. Il me faudra bien un morceau qui reveille sur l’iPod, pendant le trajet en scoot , pour me débarrasser de ma léthargie. Je me mets « No tears to heaven » sur le premier tronçon de périph et je pleure.
|