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C’était un poème lourd et gras, une tranche de cake surchargée en fruits confits, un truc bourré de références à la nature, au vent et au soleil, on ne dira jamais assez les ravages occasionnés par Prévert ou Maurice carême sur nos âmes d’écoliers, un vrai génocide.
Je la connaissais depuis trois jours, elle ne savait rien de mon amour pour la poésie et là je me sentais comme une diva recevant un bouquet de fleurs en plastique.L’été se tapait une gueule de bois phénoménale, de mémoire de météorologue on avait jamais vu ça depuis l’arche de Noé, du coup les gens scrutaient le ciel et plissaient le front en ressassant leurs péchés. Je suis retourné à la librairie, elle rendait la monnaie à une mamie qui se payait « Le nouveau détective », la couverture disait qu’un type avait torturé ses enfants dans une cave, les effets d’un été de merde mettent les gens à cran je me suis dis. La librairie sentait le vieil hôtel, autour de nous s’alignaient les livres, ça m’a fait penser à un cimetière d’yeux, je ne lui ai pas dit, Je lui ai rendu son poème. « Ça vous à plu ? » elle m’a fait en gardant la bouche ouverte sur la dernière syllabe. « Ne vous embêtez pas à écrire » j’ai dit, « soyez vous-même, le poème c’est vous », « comment ça ? » elle m’a fait en remontant ses lunettes, « oui, vos gestes, votre voix, votre manière de bouger et tout le bazar… » « Ma parole vous me draguez ou quoi ?! » elle a pouffé, « oh vous savez tout le monde se drague d’une certaine manière… » On s’est tu, j’en ai profité pour m’éclipser, la rue suintait une lumière grise et figée.
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