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Écrit par Elodie Elodie
  
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J’veux ma maman qu’elle dit la p’tite, faut avouer que trente ans c’est bien tôt trop tôt pour la perdre, définitivement, sans caisse centrale au fond d’un grand magasin. La p’tite renifle un coup, avise les escalators, y fait monter son humeur, elle finit par redescendre.

J’veux ma maman qu’elle dit la p’tite. Renifle encore un coup, avance, s’oblige à se laisser distraire par un ou deux néons, des figurines articulées, qui jouent à la magie, arrivent, même figées, à décrisper leurs traits et à faire se mouvoir les rides, les dules, les esspressions à faciès.

La p’tite essuie une perle de morve sur son poing, a refilé tous ses kleenex à ses gamins. Y’a ses yeux qu’arrêtent pas de briller, elle rit, s’effondre, redit, j’veux ma maman. Elle entre en colère désespérée, en désespoir colérique, la p’tite, abdique du trône des distraits, bordel, la douleur est là où sa mère n’est plus, PARTOUT.
Elle la veut, recompte jusqu’à ses trente, je vais te chercher, elle la veut, sauf qu’elle est M. sauf qu’elle est ORTE.

La p’tite chiale et même si elle veut s’arrêter, elle est obligée de chialer, à vrai dire tout ce qu’elle est capable d’imaginer, c’est cette chambre, le formaldéhyde lové sur des lys blancs et violines, le corps dressé, les vêtements qu’ils ont choisis, les traits thanatopractiquement apaisés, tout ce qu’elle veut, la p’tite, c’est que son corps rétrécisse de quelques 27 ans et qu’on lui installe un petit lit froid, à côté d’elle, veut sa maman.

Commentaires
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Noz   |2011-06-15 22:21:25
Ben merde...2 lectures, 2 fins différentes...c'est magique!

Si j'attends encore, y'en aura 3?

Miss Elo, cette douleur sans âge donne des ailes d'escalator à votre plume. C'est certain.
Mais vaut mieux pas la garder dans du formol. Mieux vaut la moucher!
Baises acccccolades

(J'a imais aussi la première version de l'homme gangue et la femme lierre)

Réponse de l'auteur :

Tiens : La p'tite se rapproche d'un homme ancré. Elle l'entoure de cuisses, végète en lierre une ère symbiotique, pompe sa sève, la vie coule dans sa gorge. Ça la calme, le ventre plein, elle peut s'endormir, en tétée, rêvant qu'elle l'a à nouveau -mamanmammaire-, se réveille en sursaut. J'veux ma maman, qu'elle sanglote. MO. S'éveille en position foetale, cinq doigts sur sa gorge, le corps de l'homme tout autour d?elle, une gangue. RTE. Suffoque une chanson douce.

Sylviane Kerivel   |2011-06-15 23:35:23
Un récit décousu, hoquetant et mouillé qui parle de la M, de la ORT, avec une colère échevelée de toute la tristesse de son monde, qui fout le camp avec sa maman.

Réponse de l'auteur :

Ouais, et M, et ERCI.

Hervé G.   |2011-06-16 00:04:40
Le style parfait pour le sujet et le personnage. C'est rare de coller si bien à un tout ! ;o)

Réponse de l'auteur :

Ah bon ?

Albert   |2011-06-16 06:14:37
oui, la douleur a quelque-chose de colérique ici, enfin, c'est rendu ainsi et ce qui s'en dégage est étrange, chaud et vertigineux, enfin, vu d'ici.

Réponse de l'auteur :

L'Iran ?!?

catox   |2011-06-16 09:11:05
j'aime bien, on est perdu et accroché, on comprend pas mais on veut comprendre et la fin allongée, le corps, tout s'illumine de noir, triste universel

Réponse de l'auteur :

je trouve le vert beaucoup plus universel.

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