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J’veux ma maman qu’elle dit la p’tite, faut avouer que trente ans c’est bien tôt trop tôt pour la perdre, définitivement, sans caisse centrale au fond d’un grand magasin. La p’tite renifle un coup, avise les escalators, y fait monter son humeur, elle finit par redescendre.
J’veux ma maman qu’elle dit la p’tite. Renifle encore un coup, avance, s’oblige à se laisser distraire par un ou deux néons, des figurines articulées, qui jouent à la magie, arrivent, même figées, à décrisper leurs traits et à faire se mouvoir les rides, les dules, les esspressions à faciès.
La p’tite essuie une perle de morve sur son poing, a refilé tous ses kleenex à ses gamins. Y’a ses yeux qu’arrêtent pas de briller, elle rit, s’effondre, redit, j’veux ma maman. Elle entre en colère désespérée, en désespoir colérique, la p’tite, abdique du trône des distraits, bordel, la douleur est là où sa mère n’est plus, PARTOUT. Elle la veut, recompte jusqu’à ses trente, je vais te chercher, elle la veut, sauf qu’elle est M. sauf qu’elle est ORTE.
La p’tite chiale et même si elle veut s’arrêter, elle est obligée de chialer, à vrai dire tout ce qu’elle est capable d’imaginer, c’est cette chambre, le formaldéhyde lové sur des lys blancs et violines, le corps dressé, les vêtements qu’ils ont choisis, les traits thanatopractiquement apaisés, tout ce qu’elle veut, la p’tite, c’est que son corps rétrécisse de quelques 27 ans et qu’on lui installe un petit lit froid, à côté d’elle, veut sa maman.
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