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Je n'ai plus d'argent, alors je ne mange plus. Du coup, à la place, je délire, pour oublier ce qui gronde. Ecoutez plutôt :
Des chats de nuit, des chats virés, qui errent, au soleil tombé, aux portes mauves de la place ronde et jaune. Le dos rond, ils feulent : savane. Décharnés par plus fort qu’eux, leurs yeux s’embrasent : soleil. Leurs miaulements sont aigus, perçants, ciselés dans une vrille qui s’échappe de leur gosier et grandit entre deux murs. Ça les allèche, ils ont faim. Ils sont perdus en eux-mêmes et ne peuvent en sortir. Leurs oreilles dépenaillées, leurs corps pointus et miteux – qu’importe. Fous, ils vont de porte en porte, soufflent, quémandent, grattent, râlent : un refuge, un refuge…ah ! Chats virés, chats de nuit, tout noirs de suie ; suintant la gale, puant la mort, rongeant leurs faims misérables aux abords des poubelles, copulant dans des ruelles délétères. A l'aube, ils étirent leurs échines abîmées et font le dos rond. Le jour se lève ; ils ont lapé toute l’eau de nuit. Pas même une goutte n’en reste lorsqu’ils rendent leurs vies, dans un coin, comme on rendrait sa bile.
Le jour se lève ; ils finiront bien par crever. Leurs petits cadavres hideux, chose curieuse, sont aussi légers qu’une plume sur un lit de rosée : à l’œil nu, on croirait encore les voir palpiter, comme des flocons de neige valsant tendrement sur l’ondée. Mais cela, les enfants en haillon s’en raillent : ils débordent des grilles d’égouts. Ecartelés, leurs yeux sont : dix mille soleils dévorant des charniers entiers. Leurs os raclent contre la pierre, sur un rythme macabre, et ils geignent : à la curée !
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