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Chair Promise
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Écrit par Enzo Nina
  
Je n'ai plus d'argent, alors je ne mange plus. Du coup, à la place, je délire, pour oublier ce qui gronde. Ecoutez plutôt :


Des chats de nuit, des chats virés, qui errent, au soleil tombé, aux portes mauves de la place ronde et jaune. Le dos rond, ils feulent : savane. Décharnés par plus fort qu’eux, leurs yeux s’embrasent : soleil. Leurs miaulements sont aigus, perçants, ciselés dans une vrille qui s’échappe de leur gosier et grandit entre deux murs. Ça les allèche, ils ont faim. Ils sont perdus en eux-mêmes et ne peuvent en sortir. Leurs oreilles dépenaillées, leurs corps pointus et miteux – qu’importe. Fous, ils vont de porte en porte, soufflent, quémandent, grattent, râlent : un refuge, un refuge…ah ! Chats virés, chats de nuit, tout noirs de suie ; suintant la gale, puant la mort, rongeant leurs faims misérables aux abords des poubelles, copulant dans des ruelles délétères. A l'aube, ils étirent leurs échines abîmées et font le dos rond. Le jour se lève ; ils ont lapé toute l’eau de nuit. Pas même une goutte n’en reste lorsqu’ils rendent leurs vies, dans un coin, comme on rendrait sa bile.

Le jour se lève ; ils finiront bien par crever. Leurs petits cadavres hideux, chose curieuse, sont aussi légers qu’une plume sur un lit de rosée : à l’œil nu, on croirait encore les voir palpiter, comme des flocons de neige valsant tendrement sur l’ondée. Mais cela, les enfants en haillon s’en raillent : ils débordent des grilles d’égouts. Ecartelés, leurs yeux sont : dix mille soleils dévorant des charniers entiers. Leurs os raclent contre la pierre, sur un rythme macabre, et ils geignent : à la curée !

Commentaires
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Georges Elliautou   |2011-05-18 10:36:18
C'est fort. Les mots et les chats dans une danse macabre.

Réponse de l'auteur :

"En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire En tes contorsions, risible Humanité, Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe, Mêle son ironie à ton insanité ! " Merci Georges.

José Verleyen   |2011-05-18 12:49:24
Je n'avais déjà pas le moral, mais alors, là, tu m'en remets une couche.

Réponse de l'auteur :

Toutes mes excuses pour ton moral José.

Claude Cordier   |2011-05-18 17:34:17
Toute chavirée par ce délire félin.
L'ascèse devrait mener à l'empathie, si elle est consentie.
Ce qui n'est pas le cas, semblerait-il!!

Réponse de l'auteur :

J'aimerai voir dans les affamés une forme d'ascèse consentie. Peut-être que ça me donnerait bonne conscience, pour mon insensibilité croissante à leurs drames stomacaux...mais tu as raison, l'empathie devient rare, et seule l'imagination peut la réanimer. Merci pour ton commentaire, Claude.

Sylviane Kerivel   |2011-05-19 10:09:56
A chacun ses tortures. A chacun sa misère. Ici on ne partage plus rien ou alors juste la faim ... La fin.
Un climat sauvage et délétère parfaitement bien rendu !

Réponse de l'auteur :

Gracias Sylviane ! Que ta faim à toi soit heureuse.

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