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mais je l’ai fait ce méfait
Je n’aurais pas dû lui couper l’herbe sous le pied. Je ne suis pas très adroit à la faux. Je me suis essayé au geste auguste du moissonneur en un grand mouvement des hanches et des épaules pour que la lame rasât le sol en une courbe majestueuse qui eût dû lui couper l’herbe sous le pied. Hélas, une maladresse congénitale m’a fait dévier la faux et c’est la cheville du malheureux qui fut coupée net. Il s’effondra, du sang giclant de son moignon, alors que le pied poursuivait son chemin, tout guilleret d’être débarrassé de la ventripotente personne qui pesait tant sur lui depuis des lustres. Mais d’abord, pourquoi avoir voulu lui couper l’herbe sous le pied ? Qu’avais-je de plus que lui pour ainsi le devancer dans cette promotion ? Il avait trimé bien plus que moi pour mériter d’être honoré comme meilleur unijambiste de l’année. Et voilà que je lui ai coupé le pied ! Et voilà que ce dernier prend son pied en se baguenaudant dans la verte vallée, libéré du poids de l’infortuné prétendant à la reconnaissance des meilleurs ! Quelle maladresse insigne fut la mienne ! Et que je me reproche de lui ôter la possibilité d’aller danser au bal des pompiers en ce jour de fête !
Néanmoins, je me console en pensant au plaisir du pied enfin libre d’aller et venir au gré de sa fantaisie. Longue vie à celui-ci ! Et que nul canidé ne le croque, ravi qu’il soit par son passage à portée de gueule et de truffe !
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