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Ce fut d’abord la cheville. Puis le dos. Les lombaires, forcément. L’épaule déboîtée à force de courbatures.
Aujourd’hui, c’est mon genou gauche, tordu, on aperçoit une belle grosse boule à côté de la rotule, je la palpe souvent, la masse, la cajole. Pas de quoi téléphoner aux confrères a fait le toubib, mais tout de même. Je mesure plus d’un mètre quatre vingt dix, je pèse 110 kilos. Boiter me donne une sacrée allure. Difficile à décrire. Certains jours, je me sens comme Hemingway bien qu’il n’y ait pas l’ombre d’un océan dans les parages et que les rades ne soient pas vraiment bons pour moi. Mais claudiquer me donne une sacrée allure, vous pouvez me croire.
J’ai peur. A force de m’interroger sur ce que je veux – ce pour quoi je suis fait -, je me demande si je ne suis pas en train de foirer ma vie. J’ai l’impression d’enfler sans cesse, de me gonfler me dégonfler à côté de l’essentiel, moi aussi.
M'inflammer, me désinflammer.
La période est bonne en ce moment. Il fait beau et l’air est juste assez frais. Hier, j’ai réservé un séjour humanitaire de trois semaines en Tanzanie, au pied du Kilimandjaro, pour cet été. Aujourd’hui je me demande si c’était une bonne idée, comment je vais payer l’avion, est-ce que je vais me remettre à boire au milieu de la savane, es-tu assez solide pour ça, etc…
Je sais que j’ai toujours aimé être malade, les 39 de fièvre à l’adolescence, les sinus bouchés, et puis les douleurs inflammatoires, les boules d’infection, les distensions ligamentaires, j’ai toujours adoré me sentir chaud et vivant comme ça.
C’est tout ce que je sais.
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