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Prélude à la fin de l'Histoire |
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Le vieux doberman était sidéique. Il vivait dans une arrière-cour entourée de murs de planches irrégulières, au milieu d’objets en ferraille, dormait sur le moteur de la tondeuse, qu’il soit chaud ou froid, se nourrissait de touffes d’herbe qui poussaient ça et là ainsi que de membres humains récupérés le long des clôtures de la région. Il prospérait. Le goût des rêves électrifiés de ces hommes était son fuel, et c’était un putain de bon carburant. Chaque semaine, quelqu’un lui balançait une jambe ou un bras ou un pied par-dessus les planches irrégulières et le vieux doberman se précipitait sur la viande avant que les mouches ne rappliquent. Les mouches, les guêpes ou les asticots. Ses ennemis lui menaient la vie dure. Mais c’était ça la vie, avant comme aujourd’hui. Toute existence se ponctuait de récompenses chèrement gagnées et on baissait la tête et on prenait sa part et on attendait la fin de l’Histoire.
Un soir, des gamins vinrent pour le massacrer. Le sort du vieux doberman avait été scellé sur une partie de dés. Ils grimpèrent sans mal le mur aux planches irrégulières et lui explosèrent la gueule à coups de pierres, de barres et d'objets en fer. Ils pensaient même foutre le feu au vieux doberman, mais pour une raison ou pour une autre, furent interrompus dans leur initiative et détalèrent.
Le vieux Doberman ne mourut pas ce soir-là. C'était un animal courageux, aux muscles acérés et aux yeux brillants. Il n'était pas encore prêt pour la fin de l'Histoire.
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