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Le réveil (sans parler du reste) |
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Au départ, il y a le simple fait que je bois trop de café et fume trop de cigarettes avant le petit déjeuner.
Mon cerveau est tranchant au réveil. Ma main repose sur le livre abandonné la veille, enserre la couverture en carton - plastifiée s’il s’agit d’un livre de bibliothèque. Son contact en quelques dixièmes de secondes me ramène à ma vie sur Terre. Je passe mes phalanges et le bout de mes doigts et le plat de mes ongles à l’intérieur, c’est comme si je tripotais le cerveau de mon meilleur ami. Ma vie sur Terre m’apparaît alors simple et mystique, et donc digne d’être jugée, résumée et amplifiée par des aphorismes.
Ceux que je préfère sont ceux de Cioran. Je crois d’ailleurs que tout ce que je m’applique à faire, c’est les réécrire fidèlement comme un vieux toutou aveugle. Les aphorismes de Cioran me rappellent toujours à ma devise, que j’ai empruntée à quelqu’un d’autre – un type au cerveau plus affûté et plus synthétique que le mien : VIVRE POETIQUEMENT.
Se lever lentement, poétiquement. Fumer sa première cigarette poétiquement. Faire couler son café poétiquement. 2 Effexor 75, 2 Aotal dans un verre de Fanta citron. Et alors ? La camisole chimique n’interdit pas la poésie, bien au contraire, bien au contraire. Trottiner dans son appartement à gauche à droite, poétiquement. Rajuster quelques tableaux poétiquement. Se dire qu’on a perdu du poids, se souvenir combien c’est important d’être bien dans son corps, se prélasser quelques instants dans la pénombre, abandonner son cerveau à la syncrétique poésie de l’existence en attendant que toutes choses se gâtent.
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