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Un mot étrange jaillit. Ou plutôt un son, un son dépourvu de sens, à moins qu’il ne s’agisse d’une autre langue. Je ne crois pas. L’homme persiste et bredouille encore quelques syllabes. Son visage rougit. Il me regarde, suppliant.
Un cercle se forme bientôt autour de nous. J’entends : - Il faut lui défaire sa cravate et sa chemise, qu’il puisse respirer. En voilà un qui s’agenouille à côté de moi et s’apprête à le dépaqueter. Je serre son bras, très fort. Il a l’air surpris et me demande : - Vous êtes de la famille ? - Je suis un intime, oui. - Laissez-moi faire, je suis secouriste. Je suis résolu à ne pas le laisser continuer. - Non, ne le touchez pas. J’exerce une nouvelle pression sur son bras que j’accompagne d’un regard menaçant. Il se lève et regagne le cercle des badauds. J’observe le corps étendu. Il n’essaye plus de parler. Sa peau pâlit. Il cherche l’air. Je reste là, assis parterre, à le regarder haleter. Une ambulance arrive. Un passage s’ouvre, je croise notre reflet dans une vitrine. C’est comme une scène idéale qu’on aurait tracé en transparence. On le transporte dans une civière. L’infirmier me demande à son tour si je fais partie de la famille. Je réponds doucement : - Oui, un intime. - Très bien vous pouvez monter. Nous démarrons.L'homme respire maintenant avec un masque transparent qui adhère aux contours flasque de sa figure grasse. La sirène vrille mes tympans. L’infirmier me regarde à nouveau, sans doute est-il surpris de découvrir mon regard fixe. J’entends qu’on me demande encore : - Vous êtes de la famille ? C’est votre père ? - Non. - Quel lien avez-vous donc ? - C’est juste un ennemi intime. C’est l’homme qui a tué mon chien.
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