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L’air était doux, moins pesant que ces derniers jours, on venait de reprendre le travail, on parlait de nos classes, de nos emplois du temps, de notre motivation retrouvée, on s’est assis dehors avec Laurent sans hésiter.
Ça nous semblait évident, partager cet air tiède avec lui. En repérant le petit ventre gonflé de Laurent, la sueur sur son visage, ses doigts agités et ses lèvres sèches, ça m’a rappelé. Il en était déjà à quatre ou cinq demis probablement, la pisse qu’il buvait avait un goût d’eau croupie mais il s’y accrochait, il descendait ses verres comme un asthmatique avale de l’air, une grenouille un insecte. Il allait bientôt commander un pichet de bière entier puis un autre, à 22h un Lagavulin puis trois autres, à 0h il se sentirait enfin léger et Dieu seul savait où ça le mènerait. Pour le moment il disait qu’il allait bientôt rentrer : une assiette de ravioli à la crème, un bon vieux Sergio Leone et au lit, et nous on prenait plaisir à parler de tout ça avec lui en se rafraîchissant. On a discuté longtemps de cinéma et de pâtes. Seul Laurent n’a plus vraiment pris part à sa propre conversation, faut dire aussi que les autres parlaient beaucoup. Quand il s’est levé pour aller pisser, il a eu de la peine à se faire un chemin entre la chaise et le petit panneau publicitaire mais on a rien remarqué. J’ai juste donné une tape dans la chaise pour élargir l’accès. A son retour j’ai annoncé qu’il était l’heure pour moi et les autres ont suivi. Laurent a fait mine de se préparer aussi. Dans notre dos, je savais qu’il voyait le début de la fin de sa tragédie pour aujourd’hui, ça m’a revigoré.
Plus tard j'ai rejoint Laurent sur son premier Lagavulin et j'ai eu aucun mal à le rattraper.
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