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Il eût mieux fait de ne pas venir
Un monsieur est venu me dire que je me conduis comme un garnement. Le monsieur, il sait pas. Il sait pas que se conduire comme un garnement donne de la grâce et du mouvement au corps gracile des enfants. Le monsieur avait un costume trois-pièces, des souliers vernis, une cravate et un chapeau. Je sais que le monsieur est marié et qu’il est père de trois enfants. C’est pas mes copains à l’école. Chacun d’eux est le premier de sa classe. Ils sont bien vus de leur maître. Moi, je rêve sur mon banc. Je ne suis pas le dernier parce que mon meilleur ami est encore plus rêveur que moi. Nous avons décidé, mon ami et moi, d’embêter ces trois bons élèves. Ce ne sera pas facile parce que leur mère vient les chercher dès la sortie de l’école. Ils montent dans leur belle voiture et rentre sans doute directement dans leur belle maison. Mais si nous sommes des rêveurs, nous avons aussi ― et sans doute à cause de ça ― beaucoup d’imagination. C’est pour aujourd’hui. Nous avons « emprunté » le fusil de chasse de nos pères respectifs. Je sais que ce n’est pas original pour des enfants qui ont beaucoup d’imagination. Mais à défaut, quand ils s’écrouleront sous les yeux de leur mère paniquée, et que nous nous sauverons au travers du petit bois tout près de l’école, nous aurons prouvé au monsieur qui m’a traité de garnement qu’il avait raison si, bien entendu, les gendarmes…
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