|
ou l’impossibilité du rêve
― La nuit, quand je dors, je fais des rêves fous. ― Ah ! vous m’intéressez. ― Je rêve que je soulage la misère, donne à manger à ceux qui ont faim, que… ― Que… ? ― Que je suis immensément riche et que je consacre ma fortune aux déshérités, aux damnés de la terre. ― Et alors ? ― Et alors, au réveil, je suis toujours pauvre comme Job. ― Et pourtant, la richesse, vous baignez dedans, que je sache. ― Hélas, mon bon. ― Que voulez-vous dire ? ― Je vous le répète, je suis totalement démuni. ― Et cette somptueuse demeure, ce parc magnifique, toutes ces limousines dans l’immense garage ?! Votre épouse, votre superbe épouse ?! ― À part mon épouse, et encore, rien n’est à moi. ― Et à qui donc ? ― C’est à Poupette. ― À Poupette ?... ― Que je vous dise. Une milliardaire s’est entichée de notre caniche. Elle lui a légué sa fortune à sa mort. Mais Poupette n’est plus très jeune. Et malgré une surveillance médicale de tous les instants, elle mourra bientôt. Tout l’argent ira alors à la Fondation pour la Sauvegarde des Ortolans. ― Mais n’y a-t-il point un moyen pour… ? ― Pour détourner l’argent afin de le distribuer aux malheureux. Je pourrais cacher la mort de Poupette en lui trouvant un sosie. ― Par exemple. ― Et l’ADN. L’analyse de son ADN ? Vous pensez qu’ils ont tout prévu. ― Alors, alors… ― C’est pour ça que je rêve. À la mort de Poupette…
Il ne put m’en dire davantage. On vint l’avertir que Poupette venait de rendre l’âme. Que ses obsèques…
|