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Au bon endroit, au bon moment...
J'ai été casté pour un film un peu américain, mais surtout français. J'ai bénéficié d'un casting sauvage ; une fille au strabisme léonin, Clarence qu'elle s'appelle, m'a attrapé en pleine rue alors que je ne sirotais rien, assis nulle part.
Elle m'a rugi que j'étais exactement le rôle ! Que mes silences étaient éloquents ! Que comme c'était un film muet, ça tombait très bien ! Que c'était du cinéma indépendant, le seul intéressant, celui qui n'a pas un rond, c'est pour ça d'ailleurs que c'est tourné en muet, ça sera pas long, juste l'après-midi, t'es pas payé, c'est pour l'art, le réalisateur sera super connu dans vingt ans, et qu'il n'y aura pas mon nom au générique malgré la puissance de mon rôle, y'a pas de générique ! Et puis le film va sans doute être diffusé dans les MJC de la grande couronne, en principe !
"Alors ? Tu veux rater une occasion pareille ? " qu'elle m'a demandé.
J'ai pas réfléchi longtemps, du cinéma qu'on n'entend pas, c'est quand même vachement plus parlant que du cinéma plein de silences. Je l'ai suivie dans les bas-fonds de Neuilly, toute l'équipe m'attendait, Clarence et un mec avec une caméra, il avait un T-shirt "My other life is Steven Spielberg". Il m'a pas souri, c'est un pro, boulot avant tout !
"Alors, on va faire un plan-séquence de 57 minutes, tu es la pensée profonde et tu cours jusqu'à la porte de la Muette, aie l'oeil éloquent, et l'autre qui regarde au loin, mon public comprendra mon message !"
Alors, j'ai couru...
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