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J'avais la gorge sèche.
Je ne m’en faisais pas trop, mais je trouvais que cette petite voix éraillée incontrôlable me rendait peu crédible. C’était toujours comme ça quand je voulais crier et que je n’offrais qu’un sourire aimable, quand je m’appliquais à acquiescer, alors que j’avais tout simplement envie de les tuer. Je savais qu’il fallait patienter. Que ce n’était qu’un moment un peu chiant à passer. Je m’appliquais sur le chemin du retour à oublier leur débilité crasse. J’oubliais, en règle générale. Ce n’était pas difficile. J’avais toujours eu cette faculté. Et même, parfois, alors que j’étais encore un peu contrariée, j’étais obligée de faire des efforts pour m’en rappeler les raisons alors que la petite douleur lancinante, au dessus du nombril, elle, me racontait avec constance ce qui se trouvait en putréfaction entre les tempes. Mais je vous jure : ce n’était pas demain la veille qu’ils m’auraient. J’appliquais les peintures de guerre et empilais les boucliers pour y aller. Je savais que ça ne serait jamais gagné. J’avais hélas parfois les jambes un peu molles. Ils avaient donc une longueur d’avance quand ma voix se perdait dans les aigüs mais ils n’en avaient pas forcément conscience même s’ils me trouvaient à leur tour un peu débile ; ils se mettaient alors à me mépriser juste ce qu’il faut pour se trouver eux-mêmes beaux et intelligents. J’avais compris. Que ce serait pour toujours : eux ou moi. Et j’avais enfin choisi mon camp.
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