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Il s’était arraché à la ville tentaculaire et à sa forêt spectrale d’immeubles, pareils à des chicots sur une gencive malsaine, dans laquelle il lui semblait si souvent s’être perdu à jamais.
Il avait suivi le fleuve qui fuit jusqu’à la mer. Il avait traversé des paysages aux lignes sauvages, contemplé au loin des silhouettes d’arbres décharnés, semblables à des griffes déchirant le ciel. Il avait marché des heures entières, fixant l’horizon courbe qui s’éloignait au fur et à mesure qu’il avançait. Maintenant, couché au creux des dunes, il se nourrissait de la lumière pâle du couchant. Un dernier rayon de soleil déchira la chape plombée qui recouvrait le ciel. C’était l’été et par chance il tombait un dimanche. Il s’étira. Regarda le soleil blême qui s’éteignait lentement dans la mer grise et visqueuse. Des crampes d’estomac le rappelèrent à la réalité. Il lui fallait trouver à manger. Rien à attendre du côté de la mer, si nourricière qu’elle eût été, son sein était tari. Il se dirigea vers un cabanon aperçu un peu plus tôt. Ses pieds s’enfonçaient dans le sable gris et fangeux. Il entra dans la cambuse et une créature mécanique s’approcha en cliquetant. Il commanda un verbe et un complément (après tout c’était dimanche) et s’installa sur un rocher pour les absorber. Le verbe n’était pas conjugué et le complément insignifiant mais il avait faim. Son regard à nouveau se porta sur l’onde amère qui s’étendait à l’infini. Le soleil avait maintenant complètement disparu et une lueur livide subsistait à l’ouest. Il se leva. Il ne devait pas tarder s’il voulait attraper la dernière gabare pour la ville.
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