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Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. (Confucius)
Il m’arrive parfois de me mettre en colère contre un mot, d’avoir envie de l’écraser comme une blatte. Aujourd’hui c’est « gérer » qui est l’objet de ma hargne.
J’exècre ce mot, à ne prendre qu’avec gants et pincettes en se bouchant le nez. Il me donne envie de prendre les armes que sont les mots… avant que les mots n’enterrent les mots. Car il est dans tous les coups, à toutes les sauces, il dégueule sur nos vies, s’arroge notre temps, nos émotions, nous empêche de stresser tranquilles. Résidu putride d’une économie blafarde et prédatrice, il fait de l’existence une petite entreprise où chacun est responsable de sa propre faillite. Ce mot est le type-même du mot-blatte, grouillant dans la pub et les médias et que nous répétons à l’envi. Défroque qui masque à peine le vide d’une langue indigente, fleuron d’une novlangue qui se veut totale, il nous imprègne et nous aliène. L’abus en est dangereux pour la pensée qui, court-circuitée, part alors en fumée. Est-il nécessaire de se demander à quel perfide club de tartuffes carnassiers profite ce crime ? Il ne tient qu’à nous que les mots servent une langue vive et féconde, flexible et frappante, complice de celle, qui, dans les banlieues -et pas seulement- fleurit, colorée et moqueuse (quoiqu’un rien sexiste peut-être) en détournant avec insolence ce que la novlangue évide.
Pour Victor Hugo l’argot, déjà, était une langue de combat inventée par la misère…
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