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Témoin discret
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Écrit par Claude Cordier
  
J’ai l’ouïe fine, je perçois le moindre de ses mouvements,le frottement du drap lorsqu’elle se retourne en son sommeil,le son Aï, puis Ouf,


son ronflement qui m’indique que moi aussi je peux rêver que je suis un volatile. J’entends le tap des béquilles sur le carrelage, elle est habile à frôler le sol mais ne peut l’éviter.
Léviter, elle aimerait descendre ainsi l’escalier au lieu de se trainer sur le ventre, puis franchir les marches à genoux, car les béquilles et le risque de rechute la terrorisent.
J’ai l’odorat fin, je sens lorsqu’elle panique pour un rien si facile aux personnes valides.
J’ai la vue perçante, même de nuit, lorsqu’elle flanche, s’inonde et reste assise au lit les yeux grand ouverts sur le vide de son imaginaire rempli à ras bord.
J’avais six mois, chétive et si légère qu’une bourrasque me précipita de la terrasse du 3è vers le pavé de la cour. Je l’entendis appeler mon nom, des enfants l’avertir, elle me récupéra, une jambe cassée, une broche douloureuse, des hurlements qui la faisaient me précipiter à l’hôpital, venir m’y visiter chaque jour après le travail, m’y porter pitance car difficile à nourrir, m’aimer et me le démontrer.
Bien âgée à présent, je ne sais quoi faire pour l’aider. N’étant pas simiesque, mes quatre pattes ne servent à rien sauf à la suivre, à frôler de ma joue les roues de son fauteuil, à me réjouir de ses caresses et, lorsque je fais fi de mes rhumatismes, de sauter sur son épaule,de poser mon museau sur sa joue. Et de l’entendre murmurer : ta langue est râpeuse, continue ma douce.

Commentaires
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ovive   |2010-08-28 13:05:09
Il y a du Colette dans ce texte. Les vrilles de la vigne du souvenir...

Réponse de l'auteur :

Ma mimine et moi ne nous sentons plus de joie à l'évocation de notre vieille amie Colette. Que de poésie dans "les vrilles de la vigne du souvenir"!La richesse des commentaires sont un bonus à nos petits textes, merci Elodie.

Sylviane Kerivel   |2010-08-28 22:33:10
Superbe empathie réciproque dans cette histoire d'amour, forte, intuitive et ... râpeuse !!
J'ai aussi pensé à : Dialogues de bêtes, de cette même extraordinaire Colette.
Humour et tendresse en mêli-mêlo.

Réponse de l'auteur :

Merci Sylviane, il est des petits riens qui font des grands tout, juste savoir percevoir.

Anonyme   |2010-08-28 23:41:44
Ils sont importants, je ressens ton texte à cent pour cent, Claude :o)

Réponse de l'auteur :

Je constate, en dessous, que ce gentil baudet cache en sa pelure une souris attentive.

Mireille   |2010-08-28 23:44:18
Désolée, Claude, l'âne-Ô-Nimes ci-dessus c'est moi...

Réponse de l'auteur :

Chère Mireille, Sylviane, Ovive, c'est fou comme les textes sur l'empathie humaine/animal touchent nos femelles et moins nos mâles. Et pourtant, Baudelaire et ses chattes, Léautaud et ses chats, Ferré et son chimpanzé estourbi d'un trait par une femelle humaine jalouse.. Les filles ! grandes lectrices, citez m'en d'autres que je m'instruise.

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