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J’étais comme sur une pochette de DVD. Tout stoïque et brillant dans un rayon de lune bleue. J’étais seul et je naviguais dans une sorte de Mangrove mentale, ma barque fendait le soir silencieux, des Ophélies aux voilages déchirés parsemaient la surface brune des eaux, qui venaient s’échouer contre les troncs des palétuviers, et puis ressusciter. Elles n’avaient pas plus de dix-sept ans, mes Ophélies, j’avais honte et je souriais. De les voir escalader la berge une fois revenues à la vie, se rajuster les cheveux en regardant partout, de les entendre courir ensuite à travers les marécages et les clairières, m’écrasait de mélancolie. Les imaginer perdues et à demi folles me submergeait de paix.
Nous sommes deux dans la barque à présent et nous sommes ailleurs. C’est ma fille et moi, nous ramassons des huitres en plongeant nos poignets dans une eau visqueuse et nous couvrons le fond de notre embarcation avec. Au passage, il nous arrive de gober l’intérieur de certaines huîtres, de sentir la chair tendre et salée sous nos langues, le cœur palpitant se mêler au nôtre, et nous nous regardons avec de grands yeux blancs, et nous rions.
Je me gare. Ma femme attrape la petite et la met sur ses épaules. Je retire le sac rouge, la petite valise bleue et le tricycle du coffre et je dis à bientôt. Il me reste un fond de curry ultra-épicé pour ce soir. Il me reste 392 euros à la banque. Il me reste une douzaine de DVD, et mon balcon se trouve être doté d’un solide garde-fou.
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