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Parfois il songeait aux jours qui avaient précédé le lac.Il en sentait encore le fracas contre ses tympans mais le bourdonnement des premiers temps s’était maintenant limité à de discrets acouphènes.
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Il avait laissé décanter les voix,les corps et les visages avant de s’attaquer sérieusement au roman, à sa correction. Mais le manuscrit n’avait pas quitté la chaise où il reposait.De temps en temps il l’observait avec dégout. Ça lui semblait être un corps étranger arraché à la hâte, un énorme calcul rénal, un alien sanguinolent. Le moteur du groupe électrogène s’était arrêté au cours de la troisième nuit, ce qui l’a obligé à sortir à l’aube et tirer sur le cordon du démarreur après avoir fait le plein. L’odeur de gas-oil lui parlait de sa vie d’avant le lac, Il est resté quelques secondes immobile à l’intérieur du cabanon protégeant le groupe,puis il en a repoussé la porte pour y enfermer les 90 décibels du moteur. Sur la pente du retour vers le chalet, il s’est senti observé par l’étendue d’eau. Il avait fallu peu de temps pour que le décor remplace les vivants, pour qu’un simple caillou engage la conversation, qu’un craquement de charpente lui forme un sourire de compassion. Sa quatrième nuit s’était déroulée à l’extérieur, emmitouflé dans une couverture, allongé contre la souche d’un épicéa,il avait quitté son lit avec la sensation épouvantable que le chalet était en train de le digérer. Aux premières lueurs il a balancé son sac à l’arrière du pick-up, il comptait environ douze heures avant d’atteindre le périphérique. Il a jeté un dernier coup d’œil sur le lac. D’ici, il pouvait voir les feuilles du manuscrit onduler en surface comme des pétales fanés.
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