|
la magie et la perte...
A l’incinération de ma première femme, Betty, j'étais assis sur une chaise dure froide et lisse comme une chaise en fonte. Pendant la messe d’adieu, je me demandais jusqu’où on était allés, Betty et moi, et si on avait démarré quoique ce soit un jour. J'étais assis sur une chaise dure froide et lisse comme une chaise en fonte. Le prêtre civil hâtait les convives, finissait les lectures pour eux, chantait rapidement, sermonnait peu. Quelques personnes célèbres se tenaient au premier rang, venues pour Betty, et des types comme moi essayaient d’entendre quelque-chose, essayaient vainement d’y voir clair. Assis sur une chaise dure froide et lisse comme une chaise en fonte, j'étais sûr et certain de ce que Betty aurait fait. Elle aurait souri, ou plutôt fait sa moue, elle aurait figé ses yeux clairs dans les miens, elle aurait fait un signe de la main et blagué, elle aurait dit : demain je pars en fumée… Demain, c’est décidé, je pars en fumée.
Assis sur une chaise dure froide et lisse comme une chaise en fonte, le service terminé, l’audience se lève, j'essaye d’accrocher la main de Betty. C’est sa mère qui remercie tout le monde, la mère de Betty qui accepte les condoléances, et moi je reste convaincu de ce que Betty aurait fait. Elle aurait souri, ou plutôt fait sa moue, elle aurait figé ses yeux clairs dans les miens, elle aurait fait un signe de la main et blagué, elle aurait dit : demain je pars en fumée… Demain, c’est décidé, je pars en fumée.
|