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Quand la peur rôde dans les villes et nous dépossède de nos élans, de nos songes bienveillants.
Je me suis levé cette nuit. Je ne voulais pas : je savais que j’en éprouverais du remord le lendemain, quand il faudrait m’éveiller. Mais je n’ai pas su résister. La nuit était claire. Une fois en bas, dans le jardin, j’ai collé ma peau contre l’écorce du cerisier. Le vent s’est levé. La porte, grinçait. J’ai regardé un moment les nuages, la lune. Je me suis laissé caresser par l’odeur de la glycine en fleur. Soudain, je l’ai vu. Il était là, recroquevillé sur le sol. Je me suis approché de l’homme. Je l’ai contourné sans le toucher, je l’ai effleuré du bout de mon pied nu. Quand l’inconnu a ouvert les yeux j’ai eu peur. J’imaginais un avis de recherche que j’aurais ignoré dans le journal: « un vagabond sévit dans les quartiers calmes de la ville. Il s’introduit dans les jardins pour y dormir et… » Et j’ai arrêté le cinéma. J’ai refoulé les images noires des faits divers et j’ai demandé : - Vous dormiez ? - Oui. - Vous n’avez pas froid ? - Un peu. - Vous voulez rentrer vous réchauffer ? - Non, merci, ça ira. - Un peu d’eau alors ? L’homme a eu une hésitation. Je n’ai pas attendu sa réponse et je suis rentré pour remplir une bouteille, j’ai dû fouiller dans la cuisine car je n’en trouvais pas. Quand je suis revenu il avait disparu. Pour ne pas jeter l’eau, je l’ai versée doucement dans les hortensias. Plus tard, dans mon sommeil, son image est revenue. C’était le même homme. Le dernier vagabond de la ville, qui s’éloignait d’un pas chancelant.
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