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La nuit s'en ira plus tard
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Écrit par Mireille
  
En attendant, la lune grimpe aux arbres des talus, l’humidité dépose une pellicule de froid sur sa peau. Il lui tend son coupe-vent, enferme ses mains dedans.


Passage d’une voiture blanche. Tache métallique claire qui traverse la nuit et déplace l’air devant eux, un instant, avant de retourner au néant. La bande d’arrêt d’urgence est étroite. Ils y partagent un petit morceau de nuit, long. L’autoroute, comme une ligne de cocaïne, les garde ensemble, éveillés. Elle s’en ira plus tard, demain, quand un avion irlandais décollera vers le nord et dans le vent. En attendant, ses pas qui tournent en rond crissent sur les gravillons du bord de la chaussée. Par moment, on les dirait vivants, pourtant on les écrase sous les semelles.

Elle pense à la pellicule de nuit qui vient dormir sur leur peau, là, maintenant, alors qu’ils sont encore éveillés et qu’une longue route les attend, avant la maison. Elle s’en ira après, quand il faudra grimper dans la carlingue irlandaise et voir, par le hublot, la terre rouge de chaleur s’éloigner alors qu’on l’aime et qu’on la sent capable d’autre chose. Elle rêve et se dilue en fredonnant une chanson de Lhasa, Llorando, De cara a la pared… Une voix.

Maintenant, lui et elle fixent les phares qui surgissent sur la ligne de l’autoroute. Un véhicule de secours s’immobilise au fond de leurs pupilles. La nuit est belle, faite pour être aimée. Une musique dans la tête. Mi hija quédate conmigo un rato. La nuit s’en ira plus tard.


Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2010-06-16 12:05:50
Envoûtant !!
Les images se superposent, s'enlacent, se bousculent et reviennent inlassablement. Aucune parole, juste la musique qui trace sa route, un peu au-dessus de la leur, en bande-son de leur film.
J'aime quand les limites sont floues et qu'elles se laissent deviner, imaginer, chercher, un peu comme si le texte continuait sur sa lancée ...

Réponse de l'auteur :

Bien vu, Sylviane. Je cherche à ne pas dire, dans ce texte. Merci pour ton enthousiasme qui fait du bien :o)

Jean de Pact   |2010-06-16 23:22:51
Pourquoi revenir sur la cocaine ?
N'apporte rien à la fixette...
Sinon, bien écrit

Réponse de l'auteur :

Ce n'est qu'une image, qui suit son chemin, cette ligne de cocaïne. Je me suis posé la question sur sa raison d'être dans le texte, c'est vrai :o)

Claude Cordier   |2010-06-18 19:15:37
J'ai un peu de mal, ou un grand mal à lire ce texte. J'ai constaté ce que l'addiction aux drogues engendrait et ne m'en suis pas réjouies.
Belle écriture, c'est vrai, mais à consacrer à d'autres sujets.

Réponse de l'auteur :

Ah mais ce texte n'a rien à voir avec la drogue ou l'addiction. La "ligne de cocaïne" que tu y as lue, Claude, est une image, une métaphore... : l'autoroute qui est là, face aux deux personnages du texte, ressemble à une ligne de cocaïne mais le rapport s'arrête là. Ce que j'aime, dans l'écriture, c'est cette grande liberté qu'on a et qu'on prend, c'est notre vision du monde malléable à merci sous la force des mots. Merci pour ton franc commentaire, Claude :o)

Noz   |2010-06-19 22:30:23
Je crois que c'est la répétition de l'image de la route cocaïne qui pertube. On la respire visuellement une fois...la seconde fois on la sent coincée dans la narine droite.
Je pense que c'est ce qu'à voulu dire l'ami Jean. C'est en tout cas ce que je ressens à la lecture...et relecture... :o)

Réponse de l'auteur :

J'ai fait comme toi, lu et relu, après. Conclusion ? J'ai enlevé la seconde ligne de cocaïne perturbatrice. C'est mieux, vous avez raison. Merci pour votre commentaire :o)

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