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Capturer la perfection...
Ses yeux noirs fermés frémissent au rythme des frissons parcourant sa jeune peau. Un rictus souligne la délicieuse moue de ses lèvres mutines ensommeillées. Un bras passé sous l’oreiller, l’autre posé en travers du matelas, les doigts légèrement repliés. Le drap fut au départ pudiquement remonté jusqu’à la taille, mais le sommeil agité d'Emilie l’a refoulé depuis longtemps sur le parquet du bungalow.
Je suis nu, assis sur le rebord de la fenêtre, observant la parfaite harmonie de ses formes mises en valeur par l'atmosphère de ce crépuscule tropical. Je repense en souriant à ses "je t’aime" murmurés. La lumière du couchant inonde la pièce d’une lueur mordorée, faisant étinceler les gouttes de sueur roulant sur son dos en autant de perles d'ambre, créant une géographie contrastée de dunes et de vallons sur ce corps n’ayant que trop peu vu le soleil. Le chant des vagues me fait momentanément oublier l’univers qui m’entoure et me plonge dans un instant de pure perfection où tout est harmonie et équilibre.
Je suis à ma place.
Le vent d'ouest s’immisce silencieusement par l’entrebâillement des volets, balayant sa brune chevelure. Une mèche glisse lentement le long de sa joue et recouvre son visage. Un camion passe dans la rue, son klaxon me fait sursauter. Je couvre Emilie d'un dernier regard attendri et m’extirpe avec regret de cet instant magique.
Savoir capturer la perfection qui se cache dans moment volé à l'éternité, ne serait-ce pas là le secret des peintres ?
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