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Une vie imparfaite
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Écrit par iotas
  
Quand une absence tranchante coupe le présent.


Je me noie dans la lumière froide d’un vitrail. St Sébastien agonise, le corps criblé de flèches et de rayons bleus obliques. Quelques silhouettes immobiles, penchées sur des bancs de bois, se laissent pétrifier par le son de l’orgue froid comme les pierres des longues colonnes grises.
Ce matin j’ai ouvert les volets. Il attendait dans la salle de bains, sans trop reconnaître son reflet dans le miroir. Je suis allé le chercher. Il a cru que je m’adressais à un autre.
La lumière dessinait des ombres nettes dans la pièce. Tout était paisible. Nous nous sommes assis ensemble sur le vieux canapé. J’ai eu soudain envie de coller ma peau contre l’écorce d’un arbre.
Nous aurions voulu échapper au rituel qui allait égrener notre journée, échapper aux prières, fuir la musique qu’elle avait choisi, s’évader loin de la réalité qui à partir d’aujourd’hui allait mutiler le bonheur.
Je refuse de laisser mon regard s’arrêter sur la forme d’un corps de bois aux contours géométriques. Je compte les ouvertures qui laissent passer une faible lumière. Douze. Puis je compte les orifices sur le mur, les cratères, les brèches.
Quand nous sortons, la vie tente de nous rattraper : Une mère refait les lacets de son enfant, un ouvrier manipule avec précaution une bobine de fil électrique qui ressemble à un rouleau de réglisse. Le quartier s’anime d’une vie imparfaite, que ton image cloue, immobilise dans un présent singulier, presque absent, vide.



Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2010-06-11 18:14:59
La douleur renverse l'ordre des choses et refroidit imptoyablement la vie, qui pourtant s'efforce de continuer sur sa lancée ... Et cette étrange et pointilleuse obsession à compter les ouvertures, les brèches et les cratères dans les murs, on pourrait penser à une forme de rituel inconnu pour échapper aux choses de l'ombre.
Subtile et immobile comme les pierres.

Réponse de l'auteur :

Merci pour le commentaire, en effet, compter n'importe quoi fait partie de mes défenses pour échapper aux choses de l'ombre.

Noz   |2010-06-13 16:21:38
Ou la présence de l'absence. Très beau texte.

Réponse de l'auteur :

Merci

Claude Cordier   |2010-06-15 12:55:40
Et si l'absence devenait présence sous la forme d'un oiseau qui passe, d'un grillon qui grézille, d'un bonjour furtif de quelqu'un qui semble vous reconnaitre et que l'on croit ne pas connaitre.
Les âmes des décédés sont partout réincarnées, rien ne se perd rien ne se crée en cet univers.
La perte d'un être cher devrait engendrer le bonheur de le savoir revivre ailleurs. Souvent mon père m'apparait en rêve, pas sous sa forme détruite par l'accident, mais alerte. Durant le rêve, je sais pertinemment qu'il est décédé, mais le savoir parcourir mes nuits me fait songer qu'il est bien là où il est.
Belle écriture pour ce texte difficile.

Réponse de l'auteur :

Merci beaucoup pour le commentaire. Je reste à l'affût de mes rêves.

Jean de Pact   |2010-06-16 23:38:37
J'ai lu, essayé de faire la part des choses et finalement j'ai renoncé à comprendre, parfois cela est mieux de se réfugier dans la musique du texte, par ailleurs bien écrit...

Réponse de l'auteur :

Merci pour l'effort! Il n'y a pas grand chose à comprendre en effet...Juste à vivre et c'est déjà pas mal. Merci encore

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