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Ma femme me demande si j’ai écrit quelque chose aujourd’hui… Ecrire quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Pour le plaisir de susciter une larme ? Pour la joie de faire naître un sourire sur des visages inconnus ? Et encore, l’ai-je seulement ce talent ?
Des années passées à griffonner des suites de mots, pour quel résultat ? Battre sa coulpe ? Vider son sac ? Recueillir l’admiration sans borne des proches ? Montrer qu’on sait, qu’on peut et qu’on fait ? Ecrire parce que les mots ne suffisent pas, parce qu’il est plus facile de se livrer masqué par un écran, parce qu’il est bon, à la lecture des commentaires, de sentir chez les autres un peu de l’émotion que l’on retient en soi.
Ecrire pour ne pas exploser, pour se prouver que l’on est différent de la masse, pour se sentir dieu le temps que durent 1500 caractères. Ecrire pour mendier de l’amour, de la reconnaissance, écrire pour exister plus, pour exister mieux, pour briser des murs de colère, de solitude, de rancœur, pour trouver le mot juste qui rompra les chaînes, pour s’imaginer à la place des grandes signatures, ressentir la même jubilation face à l’inspiration débridée. Ou comme en cet instant, écrire pour dépenser le trop plein de mélancolie généré par l’absorption à forte dose de musique touchant au sublime. Qu’importe ce qui sortira, le but est d’écrire pour ne pas sombrer. La musique me donne des envies d’écrire urbain, cité, décadence d’une morbide beauté étouffant sa rage sourde dans des nuages de nostalgie cuivrée, mais je n’ai pas de mots assez puissants et je rage de n’être pas musicien… 40 ans, il n'est peut être pas trop tard ?
Si mi la ré, si mi la ré, si sol do fa...
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