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De la lenteur de voyager. Dernièrement, de retour à Cluny, noble et belle cité cistercienne que j’ai pratiquée dans une vie antérieure et monacale, je m’étais mis dans l’idée saugrenue de la visiter, disons, en une paire d’heures.
Fourbe ! Le Dieu de la lenteur me foudroya d’une crise de goutte ; le nez collé aux vitres de mon hôtel, j'admirai des gouttières en zinc avec force détails et évident amour artisanal : de toute beauté !
Tout se sachant, bien vite, le pharmacien prêta à l’hôtelière une paire de béquilles. Comme un matelot, je pris le large. Je tanguai et roulai sur une mer agitée de pavés, cahin-caha. Emporté dans ma lenteur houleuse et chaotique, je saluai le pharmacien sur son seuil. - Restez un peu… dehors, il pleut ! - Justement…
Cluny sans pluie ni brouillard, c’est comme une tour Eiffel plantée à Las Vegas. Mais ce qui fut, des années durant, une douche rapide en courant, devint pour moi, bain de jouvence. Cluny en larmes me rentrait dans la peau. Je découvris enfin, à l’angle d’une grosse bâtisse, un gnome unijambiste et moyenâgeux au calcaire grimaçant et à la goutte au nez cristalline. De même reniflant, j’observai longuement ce miroir sorti de nulle part. - T’en es aussi, mon gars ! Le vieillard était là, entre la statue et moi, quasiment identique aux vingt années d’avant. Un peu dingue, pas futé, qu’on chahutait à l’époque et qui, le temps passant, s’était spécialisé dans l’enterrement des ex-bien portants.
Les trois plantés là, la statue, le vieux fou et moi, nous devisâmes alors que la nuit tombait en lourds nuages essorés du temps passé. Faisant fi du parcours piétonnier fléché et du guide en papier buvard ivre mort d’humidité, je découvris enfin Cluny.
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