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Cluny à petits pas
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Écrit par Hervé G.
  
De la lenteur de voyager.
Dernièrement, de retour à Cluny, noble et belle cité cistercienne que j’ai pratiquée dans une vie antérieure et monacale, je m’étais mis dans l’idée saugrenue de la visiter, disons, en une paire d’heures.


Fourbe ! Le Dieu de la lenteur me foudroya d’une crise de goutte ; le nez collé aux vitres de mon hôtel, j'admirai des gouttières en zinc avec force détails et évident amour artisanal : de toute beauté !

Tout se sachant, bien vite, le pharmacien prêta à l’hôtelière une paire de béquilles. Comme un matelot, je pris le large.
Je tanguai et roulai sur une mer agitée de pavés, cahin-caha. Emporté dans ma lenteur houleuse et chaotique, je saluai le pharmacien sur son seuil.
- Restez un peu… dehors, il pleut !
- Justement…

Cluny sans pluie ni brouillard, c’est comme une tour Eiffel plantée à Las Vegas. Mais ce qui fut, des années durant, une douche rapide en courant, devint pour moi, bain de jouvence. Cluny en larmes me rentrait dans la peau. Je découvris enfin, à l’angle d’une grosse bâtisse, un gnome unijambiste et moyenâgeux au calcaire grimaçant et à la goutte au nez cristalline.
De même reniflant, j’observai longuement ce miroir sorti de nulle part.
- T’en es aussi, mon gars !
Le vieillard était là, entre la statue et moi, quasiment identique aux vingt années d’avant. Un peu dingue, pas futé, qu’on chahutait à l’époque et qui, le temps passant, s’était spécialisé dans l’enterrement des ex-bien portants.

Les trois plantés là, la statue, le vieux fou et moi, nous devisâmes alors que la nuit tombait en lourds nuages essorés du temps passé.
Faisant fi du parcours piétonnier fléché et du guide en papier buvard ivre mort d’humidité, je découvris enfin Cluny.


Commentaires
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Noz   |2010-05-23 11:09:42
Un bain de jouvence que ce texte. Vachement bien torché dans sa spirale du temps qui apprend à voir avec le coeur. Cluny sous le soleil...ça le fait aussi, mais dans la foule flêchée. Avez-vous "essayé" Vézelay dans le Morvan? Dans le style, on s'y cogne aussi à la vie... Baises ajo hombre!

Réponse de l'auteur :

Ah. ah, ah... j'ai pas "essayé" Vezelay, mais j'ai "fait" le Mont Saint-Michel (et pas que sous la douche), j'ai "râté" Chartres (cause la fermeture), mais j'ai des chartres postales... Pour Notre-Dame, je la "tente" pas (vue la file d'attente) mais j'ai lu le livre de Victor Hugo (en bande dessinée, c'est plus rigolo)... bon, m'en retourne à Disneyland, c'est mieux, tout rassemblé dans un coin, plus facile à "photographier" ! ;o)

Claude Cordier   |2010-05-23 18:58:12
Les termes de Cluny réinventés, réintroduits en ce siècle technologicointellig ent et aseptisé.
Ce lieu Romain mouillé, sale, qui n'a jamais bien essoré le sang des gaulois.
C'est tout bien pour le guide fou qui cause allemand aux japonais et chinois aux arabes.

Réponse de l'auteur :

Ah, Claude, je reconnais-là la fan de Paris... Non, non, non, mon Cluny est en Saône et Loire, pas au quartier Latin. C'est une sympathique bourgade noyée dans l'humidité et le Bourgogne blanc. Là-bas, j'en ai pris pour deux ans fermes après une petite erreur de jeunesse... enfremé dans l'abbaye, ça serait à refaire, bin, ça serait à refaire ! C'est pour ça que j'y retourne de temps à autre... ;o)

Sylviane Kerivel   |2010-05-23 22:48:02
On sent le pélerinage ; pas le religieux mais le personnel, l'intime.
L'eau de là, pèse de tout son poids sur le temps et aide la lenteur à faire sens ...

Claude Cordier  - re:   |2010-05-24 14:23:22
Mince, j'ai programmé la planche à remonter le temps bien trop loin, "cistercienne 4; aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais je n'y ai vu que de l'eau. Comme quoi on lit comme on se couche, avec notre matelas personnel. Je sortais d'un précédent weekend tout englué de Bourgogne, Sens, Dijon, les forges de Buffon le château d'Ancy, j'évitais toutes les abbayes, visitées enfant, forçat trainant les pieds, sous l'autorité du père.
J'ai dû opérer un rejet et m'en repends en en riant.

Mireille   |2010-05-25 19:43:23
... Et un grand pas pour la science... humaine, Hervé.

Tu donnes ici la fourchette et le couteau pour nourrir celui qui te lit de réflexion, de découverte... Le temps n'est pas un solide mais plutôt un liquide qui coule et s'échappe entre les doigts de notre main.

:o)

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