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La route n'en finit plus de passer, là devant la terrasse de son restaurant. Un Routier peu fréquenté et qui sent le graillon. Lui, il se balance dans son rocking-chair sur cette terrasse, s'imaginant en Amérique, sur un tronçon déserté de la 66.
Comme pour la route mythique, c'est l'autoroute qui en a détourné le flux, la propulsant dans ce recoin oublié de l'espace et du temps. Bien sur, il passe encore quelques poids lourds voulant échapper au péage, ou bien quelques couples en mal d'aventure. Aucun ne renouvellera l'expérience. Économie dérisoire, échappée décevante. Il arrive aussi qu'une famille en perdition, le père ayant loupé une sortie, s'y arrête, le temps d'une pause pipi et d'un mauvais repas. Le vieux se lève alors, indique des toilettes crasseuses que la mère désinfecte à coups de lingettes, et il ouvre le restaurant. Les frites sont grasses et molles, les steaks hachés trop cuits, et le ketchup passé. Seul le coca reste potable en toutes circonstances et par miracle le café est bon. Repartis, il reprend place. Parfois, il se dit qu'il la suivrait bien cette route. Mais il sait d'où elle vient, et où elle va. D'une ville sans intérêt à une autre ville sans intérêt. Bof ! Alors, il se balance doucement dans son fauteuil et entre ses yeux mi-clos, rêve d'une troupe de manouches à l'ancienne. Ils débouleraient avec roulottes, chiens et chevaux. Avec leurs musiques et leurs danses, avec leurs couleurs et leurs rires, avec leurs yeux noirs et leur liberté, il lui expliqueraient combien importe peu la destination. Et, ils l'emmèneraient dans le bruit des sabots et des guitares...
Ce soir, le rocking-chair se balance doucement au gré de la brise, vide.
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