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ainsi…
Il est facile, quand le soleil brille, de voir la vie avec le désir de vivre. Mais pour cela il faut être bien. Et je ne suis pas bien. Je suis malheureux. Annabelle est morte.
Qui est Annabelle ? Vais-je devoir dévoiler la réalité d’Annabelle ? Ne ferais-je pas mieux de préserver ce qu’elle fut pour moi ? De ne point livrer son être au lecteur impatient de savoir ? Annabelle…
Annabelle était mon amie. Nous allions dès l’aube courir les champs et les bois. Elle m’entraînait parfois si loin que nous ne rentrions au castel qu’au mitan du jour. Nous ne faisions qu’un seul corps, soudés l’un à l’autre, traversant l’espace en une course enchanteresse. Puis nous nous arrêtions à l’ombre d’un gros arbre pour nous reposer un moment. Et nous repartions, flânant le long d’un ruisseau, dans un sous-bois, sur un chemin de crête ; respirant l’air embaumé, foulant l’herbe d’une prairie, la terre battue d’un sentier ; allant sous l’azur du ciel ou le gris des nuages… Annabelle.
Le lecteur sait à présent qui est Annabelle. Il comprend pourquoi je suis malheureux. Il m’imagine prostré devant son box, cherchant son odeur qui perdure encore. J’ai renvoyé l’équarrisseur. J’ai moi-même enterré Annabelle dans le parc. Il m’a fallu creuser longtemps, un grand trou.
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