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Garde à vue de nez
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Écrit par ovive
  
Elle leur a dit son nom et puis elle s’est tu. Elle s’est réfugiée dans son propre silence et il l’a enveloppée. Un silence crissant comme de la paille de fer, rempart d’une forteresse qu’elle est seule à hanter.




Ses perceptions sont altérées. Les sons, les bruits, leurs mots violeurs. Sa vue également est modifiée, rétrécie. Les images sont lentes à impressionner sa rétine. Elle est très occupée à les décrypter, leur transmission au cerveau entravée écarte toute possibilité de répondre à leurs questions.
Son regard reste fixé sur un point du mur, là où la peinture s’écaille. Elle se réfugie dans cette fissure, ne voit rien d’autre et se concentre sur ce que lui apprend son nez. Elle respire à petits coups. Son odorat exacerbé inflige de gros coups de boutoir aux remparts de sa citadelle. Mais c’est par lui aussi qu’elle parvient à saisir des informations qui lui précisent sa situation. Remugles de bière, de papier et de poussière du bureau où ils l’interrogent. L’odeur âcre de la sueur, la fétidité d’une haleine.

Ils puent et elle détaille cette puanteur. En explorant ainsi leurs exhalaisons elle pénètre dans leur intimité, apprend des choses sur eux.
L’un est sorti et est revenu. Il s’approche, transpire moins. Elle saisit un relent de lessive ou de savon. C’est bien du savon et ça vient de ses mains qu’il agite près de son visage. Il est allé aux toilettes, ses vêtements sont imprégnés de l’odeur caractéristique mêlée à celle de détergent et de désodorisant. Il se lave donc les mains après.

Funambule sur le fil ténu d’une intrigue à la fois burlesque et obscène, elle est blottie dans la fissure du mur, nichée dans son silence d’où son odorat la relie au monde.



Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2010-03-13 10:21:12
Sarcophage des sens rétrécis, obturés, pour ne garder à vue que ce nez, filtrant, analysant, fouillant les autres , ceux qui veulent qu'on avoue et qui n'auront rien.
Etude minutieuse et dure comme un coup de poing au visage !
Ou comment résister à un interrogatoire en se recroquevillant dans une minuscule fissure.

Georges Elliautou   |2010-03-13 11:06:37
D'accord avec Sylviane. Un très bon rendu de l'ambiance et du sentiment.

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