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J’écoute la basse, les accords, je me cale sur la batterie et je me concentre pour ne jamais perdre la mélodie. Le reste, je le fais à la « feuille » et c’est pas donné à tout le monde.
Nous avons rendez-vous à Moussan rue de l’essaye femme. Je suis très en avance. C’est la première fois nous arrivons séparés. Le vieux bus qui nous trimballait dans les bals de villages de toute la région a rendu l’âme, et la soprano du groupe avec. Pour ce soir on a bien essayé d’organiser un covoiturage mais le cœur n’y était pas et j’ai préféré rester seul dans ma bagnole. Ce soir on joue pour la Saint Valentin. Il faut bien honorer les contrats, quoi qu’il nous en coûte. Jeannette est morte depuis dix jours à peine mais le chef lui a trouvé une remplaçante. Adossé sur le capot je fume, tant qu’il n’y a personne, après ça déclenchera trop de réflexions. Bientôt ils sont tous là, sauf le chef. Nous allons sur la place du village, le maire arrive et nous remet les clés de la salle des fêtes. Nous nous installons. Je sors mon saxophone, ma clarinette, mon bandonéon. Le chef arrive, à son bras une jeunesse, cinquante ans au plus. Il nous la présente, deux bises à chacun. Odette ose lui demander : - Et vous connaissez le répertoire ? - Bien sûr ! Nous commençons à nous accorder. Elle commence ses vocalises: une voix de fausset mal ajustée vrille nos tympans. Ce soir, à n’en pas douter, niveau chant, ça va être le massacre de la saint-valentin.
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