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Comme Alice, je suis passée au travers du miroir et mon reflet a pris ma place.
Il est aussi étonné que moi, il ouvre les yeux tout rond et je sens les miens faire de même. Il lève la main, la mienne suit. Par jeu, curiosité ou vengeance, il se lance alors dans une drôle de danse ponctuée de mimiques absurdes. Je la répète comme ensorcelée, comme une marionnette. Soudain, il tombe et m’entraîne dans sa chute. Il semble surpris au contact du plancher, il en observe du bout des doigts la texture. Je comprends sa surprise, le sol de ce coté-ci semble d’étain ou de plomb plutôt de que bois. Il décide alors d’explorer la chambre, découvre les tissus, le rugueux, le soyeux, le rêche, le duveteux… Lancée dans la même exploration, je ne rencontre que cette matière ni chaude, ni froide. Il trouve un flacon de parfum, le débouche et hume, je ne sens rien. Le soleil à travers la vitre lui apprend la chaleur, il ouvre alors la fenêtre et goûte la brise. Pour moi toujours rien. pas un souffle. Si le rideau bouge ici, c’est qu’il imite le rideau d‘en face. J’aimerai rappeler mon reflet, lui rendre sa place et reprendre la mienne. Il le devine sûrement et se tourne vers moi en riant, pour la première fois il éprouve le son de sa voix. De ma voix ! C’est alors qu’il pense à la porte, me regarde, la regarde et se dirige vers elle. Je m’approche aussi de la porte inexorablement. Alors que je sais ce qu’il va trouver, les escaliers, le séjour et la cuisine, ses délices et ma douce maman, je me demande : qu’y a-t-il pour moi derrière cette porte ?
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