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Vous quittez l’autoroute des voitures Le rail du monde a deux dimensions La route vous mène presque droit Vers un bled marqué « Tardienta » En plein été, en pleine aridité Du désert d’Aragon De la toile virginale de Dali.
Juste avant les premières maisons Sans ombre On vous montre du menton Une piste à droite qui suit un canal d’irrigation
La voiture, les secousses Et derrière, un nuage qui pousse Deux, trois poteaux, des flèches et une barrière Stop. La vue se brouille
Derrière la poussière retombée C’est une bâtisse cubique Et deux hangars, en demi-lune, métalliques Un monde étrange en tôle ondulée Un mât, un manchon sans air Dégonflé Une piste d’atterrissage en terre mal travaillée
Elle et Lui, frère et sœur, vous accueillent Deux sourires au milieu d’un désert lunaire Avec au fond Des collines aux éoliennes en trompe-l’œil
Lui fait visiter l’aéroclub oublié La batterie anti-aérienne Aux fleurs en plastique dans le canon Le bar aux hélices horizontales L’hôtel-bunker Aux chambres enfouies six pieds sous terre La piscine à l’herbe fraîchement coupée qui flotte
Lui dit : ici, les avions Venant du nord Font escale après avoir franchi les montagnes
On imagine le point dans le ciel Le bruit naissant, puis assourdissant Les tourbillons beiges et le silence qui retombe
Puis, Lui vous traîne derrière tout ça Alors qu’Elle, aux seins énormes et fagotés Sert l’apéro à trois pelés Du bled, assis là
… derrière tout ça Où flemmardent deux dromadaires épicuriens Ruminant sur cette planète de fous Où on se sent si bien tout à coup
Lui dit : et encore Vous n’avez pas tout vu
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