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La magie a déserté les phrases qu'on s'envoyait, celles qu'on laissait glisser par dessus le rebord de nos vies espacées.
T'as vu, quelque-chose s'est éteint ! C'est drôle, ça me rappelle quand j'étais gosse et qu'à la fin des vacances de Noël mes parents reléguaient les dorures et les bougies au grenier et que le sapin finissait en gerbes crépitantes dans la cheminée. Je ne me plains pas plus que je ne pleure. J'écoute simplement cette douleur qui affûte ma patience. Je suis des yeux les dernières traces de ces instants et des vestiges de douceur restent accrochés à mes cils. Je ne vais pas oublier. Mais les sables mouvants du temps vont continuer leur oeuvre nécessaire avec une lenteur inexorable. Ils finiront par engloutir nos délicats trésors et emporter ces minuscules reliques dans leurs discrets remous. Nous nous y accrocherons encore un peu, histoire de ne pas céder trop vite. Sournoi mais salutaire oubli qui nous détache presque aussi rapidement que l'amour nous fauche et nous submerge. Et puis un jour, on n'y songera plus, si ce n'est de loin en loin. Un mot éclaté, une émotion ravivée par un mouvement de tête ou un souffle venu se pendre à notre cou. Un nom qui résonnera comme un petit tambour oublié dans ce décor démodé. Ne subsistera que ce léger et gracile froissement du coeur, surgi du néant pour y retomber l'instant d'après ... Mais on saura pourtant qu'on n'a pas tout perdu et on se sourira encore, debout sur le seuil de cet espace inversé où nous avons su accorder nos frissons, le temps de quelques belles inspirations.
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