|
sur le thème actuel
Cela faisait des années que je la suppliais de m’accorder un baiser quand elle voulut bien se rendre. Je la pris dans mes bras, et allais joindre mes lèvres à ses lèvres lorsqu’un vacarme de fin du monde interrompit ce geste tant attendu. Elle se raidit, sans doute surprise autant que moi par l’infernal bruit qui me paraissait venir de la pièce du fond où réside sa collection de poupées. Puis elle jaillit de mes bras, que j’ai peu musclés malgré les trois ou quatre pompes auxquelles je m’astreins chaque matin. Était-ce la fin de mes illusions ? Devais-je convenir que je n’étais pas l’homme de sa vie ? Préférait-elle ses poupées ? Et en cette occurrence, dans ce malheur extrême, qu’attendais-je pour prendre le métro qui m’amènerait en bordure de la cité afin d'errer dans le terrain vague aèrant l’ensemble HLM où habitent père et mère inquiets de me savoir amoureux depuis si longtemps.
Mais mon imagination me joue si souvent des tours que je voulus être certain de ne point lui plaire absolument. Je la suivis donc vers la pièce du fond, alors qu’elle se précipitait, hurlant de douleur dans l’appréhension du sort possiblement affreux advenu à ses poupées. Et là, sur le seuil de la pièce du fond, nous primes la dimension du désastre. Saint Valentin, jaloux de se voir préférer ma tendre personne, achevait de massacrer les dernière poupées de mon adorée ; laquelle, pâmée de désespoir, s’effondra dans mes bras.
|