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Ça répétait en boucle que ça voulait arriver. Et pourtant bordel à queue on venait juste de partir.
Ça grouillait un peu, ça n’avait pas de chaussures ou alors des espèces de godillots antiques qu’auraient transpercé en moins de deux une cheville plutôt que de la protéger. Ça avançait inconscient ; les gosses jouaient, puis pleuraient, puis jouaient, on les houspillait. On était crade sur nous, on ressemblait à des Charles Ingalls sur le départ, on avait tous envie de devenir des bûcherons, on venait de descendre du Mayflower, on était des pionniers. Mais on était nulle part. Une chose barbue et diffuse faisait office de barde et compilait maladroitement Abba et José Maria de Heredia. On était comme un vol de gerfauts en route pour Waterloo. Pourtant on visait l’Eldorado. Une Californie à la Junipero Serra, qu’attendrait que nous pour offrir sa gorge et son lait, ses terres arables. On avançait depuis peu. Ils n’étaient que quelques uns à savoir, ils savaient pour nous tous la direction, le sens du vent. Sans girouette. -Qu’est-ce qu’on va faire une fois qu’on sera là-bas ? -Créer un monde qui aurait du être le monde. -Et où c’est qu’on va ? -T’inquiète pas, quand on y sera arrivé, on le saura. -En qui est-ce qu’on croit. -En Isaïe, Jeremie, Ezequiel et en moi. On n’arrivait pas à faire confiance à Isaïe. J’aimais pas Jeremie et sa tronche oblongue. Les filles méprisaient Ezequiel, qu’avait joué à pan un peu trop qu’à son tour. -C’est vraiment loin la Californie ? -On va pas en Californie. Ouais, on était nulle part. Et je crois qu’on allait nulle part.
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