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Quelle galère l'adolescence !
On les avait branchées au Luxembourg, le jardin du Luxembourg. En dragueurs néophytes, on avait essayé le salut dans toutes les langues qu'on connaissait "bonjour, hello, guttentag, parev, hola,..." Elles ont fini par réagir au "hola". On avait quinze ans et un an de cours d'espagnol seconde langue ; on a réussi à comprendre qu'elles voulaient aller boire un verre.
"Si, si, vamos a beber" "Euh t'as du pognon toi ? Moi j'ai, euh, 8 francs..." "J'en ai 6, on prendra un café !"
On s'est installés au café, étonnés que d'aussi jolies filles nous acceptent à leur table mais le dialogue restait difficile. Et puis le copain nous a planté le truc.
"Faut que j'y aille" "Déconne pas, elles sont canons !" "Non, non, je comprends rien, et puis j'ai une gonzesse à aller voir"
Les filles s'en mêlent.
"Que es oune gonzesse ?" "Euh, es un tren, un tren muy rapido" "Ah si ? y que es oune express ?" "Euh, es una chica" "Allez, reste là, tout seul j'y arriverai pas, t'as vu comment elle te regarde la blonde ?" "Oui, oui, mais faut que j'y aille !"
Et le v'là qui se lève, qui salue tout le monde et qui commence à partir.
"Tu diras bonjour à ta gonzesse pour nous, beau gosse !"
Il a blanchi, moi aussi, il s'est rassis d'un coup, moi pas. Elles n'avaient plus du tout l'accent espagnol, juste l'accent banlieue nord, le charme s'est rompu d'un coup.
Elles se sont bien marrées, nous jaune, et puis on ne les a jamais ni touchées, ni revues, bien entendu.
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