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Les quêtes, quelle que soit leur finalité, n’en sont plus belles que par leurs merveilleux cheminements offerts au pérégrin.
Mon père, sa vie durant, chercha son Graal comme tout vivant.
Pour lui, c’était « le couteau qui coupe », au risque de vous paraître anodin, navrant, simplet d'enfantillage de mortel.
Mon père se mit alors en marche. D’abord du côté de l’aiguisant, faute de pouvoir changer de lame –pauvreté familiale oblige. Ainsi passa-t-il de simples cailloux aux pierres à faux, pour finir dans les ateliers de la Grande Fabrique, aux meules les plus dures, au grain le plus fin pour cette lame s’amincissant au fil du temps sans jamais donner à mon père ce qu’elle n’avait jamais cessé de promettre de couper.
C’était une question de nature d’acier, me confia-t-il un jour, comme péché à l’ombre du confessionnal. Mon père chercha alors la lame idéale. A l’époque, autant notre pauvreté que cette curiosité des autres nous poussaient à retourner les décharges à la recherche de ce que nous ne possédions point. Quelques couteaux intéressants émergèrent de ce brouillamini de chaises bancales, de livres à moitié dévorés et de rats fuyant la peur au cul. Disons que deux ou trois couteaux « acceptables » vinrent rejoindre notre table de cuisine.
Enfin, l’âge aidant, mon père se mit à perdre ses amis conscrits ou vieilles compagnes d’enfance. Et, parmi les survivants partageant chacun ses secrets les mieux enfouis, ce fut la veuve d’un boucher qui vint à lui confier « le couteau qui coupe ». Dés lors, mon père attend serein la mort, coupe son pain sans miette, sa viande sans fibre et moi, de nouveau enfant bouche bée, je regarde sans oser rien toucher.
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