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Lumière à l’ombre d’une vie étroite…
Assise sur le clic-clac du salon où rien ne dépasse, pas même un grain de poussière, emmitouflée dans sa robe de chambre délavée, Marie avale à petites lampées un bol de soupe en regardant la télévision. Ses doigts malhabiles s’acharnent sur les touches de la télécommande. Impossible de zapper la météo. Cette présentatrice-top-model l’agace prodigieusement. En quoi une silhouette racoleuse est-elle utile pour annoncer la vague de froid qui submerge le pays ? Les cieux auraient pu se montrer cléments pour son anniversaire, songe Marie amère. À l’évidence, les fées se sont égarées dans le brouillard le jour de sa naissance et l’ont totalement négligée depuis… Cinquante ans d’oubli.
La zapette finit par céder. Exit de la lucarne la bombasse, aux antipodes du physique de la vieille fille. Les années ont froissé les traits de son visage, busqué son nez juché d’épaisses lunettes, empâté sa silhouette aux hanches capitonnées… Touchée par la disgrâce, Marie n’a pas rencontré l’âme sœur. Son ventre est resté sec de toute vie. Elle n’en parle jamais.
Un œil distrait sur le journal télévisé qui déverse son flot de mauvaises nouvelles, Marie attend le film de la soirée. Dans une poignée de minutes, Richard Gere va l’enlacer lors de la nième diffusion de : « Pretty woman ». Déjà l’esprit s’échappe. Peut-être ses prières finiront-elles par être exaucées ? Juste une toute petite fois en un demi-siècle...
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