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« Arrête tu vas me faire pleurer » je lui dis entre deux bouchées de toast. Autour, des gens font des bruits de cocktail, le brouhaha, des cling de coupes qui se percutent et quelques femmes qui gloussent aussi. J’en reconnais un ou deux qui sont de mon service, des enfants de « L’ENTREPRISE ». « Non sérieusement » elle me dit en essayant d’accrocher mon regard, « être belle c’est du stress permanent, t’as l’impression d’être un fruit vivant et que tout le monde essaie d’en croquer un bout » J’aime bien Anaïs, c’est vrai qu’elle est belle, tous les hommes de la boite en parlent de manière plus ou moins classe, moi personnellement elle me fout la trouille, elle est trop intelligente pour être amoureuse et ça la rend malade. « Te plains pas t’aurais pu être conne » je lui dis sans trop savoir pourquoi, « la beauté sans l’intelligence c’est triste comme un palace désert » Elle me regarde un peu interloqué. Le champagne donne à ses yeux un chagrin artificiel. « Ou un coffre-fort vide » je rajoute. Elle fait un pas sur la droite, un titubement. « Toi t’es pas comme les autres, t’as pas envie de me baiser…hein ? », « Bien sur que si Anaïs, je réponds en regardant mes chaussures, mais ça veut rien dire tu sais… » Elle me regarde figée, comme si j’étais une météorite encore fumante, et tourne les talons. Je retourne au buffet, « L’ENTREPRISE » est partout, dans les murs, dans l’odeur, dans les voix, elle nous lie comme une gelée transparente.
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